Communiqué de SOS Autisme France

Autisme : les cobayes de la honte

Pendant des années, des milliers d’enfants autistes ont été utilisés comme cobayes en France par une poignée de médecins avec le soutien ou l’assentiment muet de certaines grandes associations et de fondations sur l’autisme, et dans le silence assourdissant de plusieurs élus politiques que nous avions pourtant alertés deux ans auparavant.

 

Informée par des familles et documents à l’appui, c’est en tant que présidente de SOS autisme France que j’ai lancé l’alerte auprès de la ANSM (Agence nationale de sécurité de médicament) avec le témoignage d’un des parents dont le fils a été l’un de ces cobayes. Une plainte conjointe a été déposée auprès du Procureur de la République.

Devant l’inaction du gouvernement actuel, j’ai également décidé d’enquêter et de réunir les preuves de ces agissements indignes et surtout d’un autre temps dans un ouvrage, « le livre noir de l’autisme ».


Voici les faits. Depuis 2012, une cinquantaine de médecins, généralistes, psychiatres, rhumatologues, immunologues regroupés sous le nom de Chronimed, ont prescrit au long cours (plusieurs mois à plusieurs années) des antibiotiques puissants comme le Zithromax utilisé pour le Covid 19 sur de jeunes enfants afin de les « guérir » de l’autisme. D’autres ont testé le Naltrexone, un traitement sur l’alcoolisme et la toxicomanie ; D’autres encore ont testé sans aucune autorisation toutes sortes de substances (cortisone, chélateurs, injections de GcMAF…).

L’hypothèse de ce groupe, formé autour du professeur Luc Montagnier, est de dire que l’autisme est « une maladie » chronique immuno-inflammatoire d’origine microbienne avec une prédisposition soit génétique, soit psychologique soit vaccinale...Une « maladie de civilisation », pire « une épidémie » ! Les déclencheurs évoqués, sans distinction ni validation scientifique qui accréditent cette thèse, seraient multiples : Amalgames dentaires, pollution, pesticides, mal bouffe, ondes électro-magnétiques, métaux lourds…Le protocole proposé aux familles combine des antibiotiques, des antiparasitaires, des antifongiques associés à des régimes nutritionnels spécifiques, des compléments alimentaires…Ainsi que des analyses biologiques couteuses réalisées seulement dans des laboratoires étrangers. Un protocole jugé « dangereux » selon de nombreux professeurs de médecine interrogés, et dont les effets secondaires décrits par les familles sont dramatiques.

Certains médecins proposent aussi de faire au préalable une détox de l’organisme de l’enfant avec une chélation, considérant qu’ils ont été empoisonnés par des métaux lourds (mercure, aluminium, arsenic…). Des parents en Angleterre sont allés jusqu’à utiliser un mélange à base de chlore et de javel, entrainant la mort de leurs enfants. 

En France, un établissement ABA (Applied Bahaviour Analysis) a même organisé un essai « non autorisé » selon la ANSM (Agence de sécurité du médicament) en banlieue parisienne : 12 enfants au total en ont fait parties, 8 avec ABA et antibiotiques, 4 avec ABA seulement. A ce jour, aucun contrôle de cet établissement n’a été fait malgré notre saisine à la ANSM, datant de novembre 2019.

Non seulement l’ensemble de ces traitements donnés à des milliers d’enfants ne sont pas recommandés par la Haute Autorité de Santé puisqu’ils n’ont fait l’objet d’aucun consensus scientifique et de publications internationales mais de plus, aucune autorisation n’a été délivrée par la ANSM pour ces « essais » grandeur nature dont les résultats ont été présentés lors de congrès internationaux.

 

Malgré une tribune dans le Huffington post en Mai 2018, de nombreux mails adressés à la secrétaire d’Etat au handicap, Sophie Cluzel, des réunions avec le député Adrien Taquet, la conseillère santé du Président ainsi qu’avec la déléguée interministérielle chargée de l’autisme, Claire Compagnon, rien ne s’est passé ou si peu. Un simple mail de Madame Compagnon aurait été envoyé à la ANSM. Personne n’a semble-t-il voulu se saisir de ce dossier, le courage politique faisant défaut sans doute.

Plusieurs documents montrent également que de nombreux responsables associatifs, des élus ainsi que des médecins, des chercheurs étaient informés de ces pratiques. Pourtant personne n’a porté plainte auprès la ANSM comme si notre désespoir de parents, l’impasse thérapeutique dans laquelle nous nous trouvons face aux troubles de nos enfants pouvaient justifier que l’on tente le tout pour le tout !

 

Une audition au Sénat de Madame Marion Leboyer, chercheure à la Fondation Fondamentale, est troublante : « Il y a plus d'un millier d'enfants suivis par un généraliste qui ont démontré, de façon non randomisée, que l'adjonction de traitements antibiotiques pendant de longues durées permettait d'observer des régressions extrêmement impressionnantes des tableaux autistiques. Je n'arrive pas à trouver les moyens de faire financer cette étude. »....

Non seulement, Marion Leboyer semble le savoir mais comment un chercheur peut « accréditer » en quelque sorte les résultats de ces « traitements » alors qu’ils n’ont pas été « randomisés » et qu’ils ont été pratiqués sans aucune recommandation ni autorisation des grandes instances sanitaires ?

En 1959, l’Assemblée générale des Nations Unies avait adopté la Déclaration des droits de l’enfant afin de protéger les personnes les plus vulnérables d’expérimentations abusives. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? La Recherche et la science sont essentielles mais comme le disait Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Mais malgré nos difficultés quotidiennes, rien ne justifie que certains médecins ou des chercheurs aveuglés par leur soif de ou en quête de reconnaissance utilisent nos enfants comme cobayes. L’autisme n’est pas une maladie ni un fléau à éradiquer. Et la route semble encore longue en France pour faire valoir le droit de nos enfants, leurs droits à la dignité, leurs droits à l’intégrité, leurs droits d’être tout simplement différents et autistes. 

Olivia Cattan

le 24/09/2020