Quand la maison brûle...

 

Notre pays, comme tous les autres, est confronté à la pandémie la plus grave depuis celle de la grippe espagnole en 1918. Dans cette situation de crise la mobilisation des professionnels de santé et de tous les personnels du sanitaire et du médicosocial est déterminante. Ceux-ci n’avaient déjà pas des conditions de travail faciles avant l’épidémie, nous allons leur demander à présent d’en faire encore plus, de prendre des risques pour eux-mêmes et leur entourage tout en conservant leur bienveillance et leur sourire.

 

Tout devrait être fait pour les soutenir, les encourager, les motiver. Ce n’est malheureusement pas le cas en Nouvelle Aquitaine où une ARS particulièrement maladroite essaie d’imposer aux CMPP (Centre médico-psycho-pédagogiques) une vision très réductrice de la psychopathologie et une transformation brutale de leur pratique.

En limitant le champ d’intervention des CMPP aux troubles du neurodéveloppement l’ARS laisse sur le carreau des milliers d’enfants et leurs familles. En occultant les dimensions environnementales, sociales et psychiques pour ne retenir que les dysfonctionnements d’origine neurodéveloppementale l’ARS prive ces jeunes de leur humanité et ne peut plus leur proposer que des techniques de réduction des déficits et de normalisation des comportements. En laissant croire que l’inclusion scolaire est à elle seule le remède miracle pour sortir de l’exclusion sociale tous les enfants handicapés l’ARS NA va mettre bon nombre d’entre eux et les écoles qui les accueillent dans des situations invivables.

 

Mais c’est avant tout l’absence de concertation et la brutalité des injonctions de la direction de cette ARS qui sont inacceptables et contreproductives. Au moment où le Ministre de la Santé multiplie les appels à la mobilisation de tous les professionnels cette attitude autoritaire et méprisante contribue à répandre le virus de la discorde et du découragement. Nous nous permettons donc de conseiller au ministre Olivier Véran de rappeler à l’ordre Monsieur Laforcade, le directeur général de l’ARS de Nouvelle Aquitaine et de retirer le cahier des charges qu’il veut imposer. Lorsque notre pays aura surmonté l’épidémie de coronavirus qui risque de faire des ravages dans les semaines et les mois à venir il sera alors temps d’ouvrir un dialogue national avec tous les acteurs concernés sur l’évolution des institutions qui accueillent les enfants, adolescents et adultes en détresse.

 

Nous appelons aussi les associations de familles qui poussent Monsieur Laforcade à la confrontation à faire une pause dans la guerre idéologique qu’elles mènent depuis des années. Nous avons besoin de tous les professionnels de terrain pour continuer à accueillir nos enfants en ces temps de crise. Le risque de démissions ou d’arrêts maladie injustifiés est réel et nous en avons déjà des échos. L’heure est au rassemblement, essayons pour un temps de ne pas nous focaliser sur ce qui nous divise. Quand la maison brûle on devrait arrêter les querelles sur le choix de la couleur des murs.

 

Patrick Sadoun

Président du RAAHP

Le 13/03/2020